ENTREVUE DU 15 OCTOBRE


Écoutez un extrait de l'entrevue

Richard Martineau discute avec Christopher Hitchens, un franc-tireur pur jus : intellectuel de gauche, cet Anglo-Américain controversé appuie la Guerre en Irak et soutient George W. Bush. Athée au pays de Dieu, il ne se gêne pas pour critiquer la religion et a récemment publié un essai intitulé God is not great. Provocateur devant l’éternel, il court les émissions d’affaires publiques américaines et tient une chronique dans le Vanity Fair où il déboulonne les mythes américains, mais construit le sien à grand coup de franc-parler, d’articles incendiaires et de positions dissidentes.


Christopher Hitchens

R.M. Christopher Hitchens, c'est une drôle de bibite. C'est un intellectuel de gauche, mais il appuie la guerre en Irak puis il est un fan de George Bush. Je l'ai rencontré lors de son récent passage à Montréal. Christopher Hitchens est une célébrité du monde journalistique. Intellectuel, polémiste, c'est un abonné des "talk shows", un original qui s'est entre autres soumis à la torture appelé le "water boarding" utilisé en Irak afin d'en parler dans sa chronique du magazine Vanity Fair. Christopher Hitchens, bonsoir. Bienvenue aux Francs-Tireurs. C'est un privilège de vous avoir ici. Vous êtes un homme de la gauche. C'est votre famille. Même s'ils vous ont sorti à coups de pied dans le cul. Pourtant vous êtes pour la guerre en Irak.


Christopher Hitchens

C.H. Pour les trois raisons suivantes. Les Nations Unies avaient clairement démontré que le gouvernement d'Hussein était illégitime, primo, pour le génocide perpétré contre des ressortissants avec des armes de destruction massive à l'intérieur des frontières irakiennes. La loi internationale condamne ce crime. Secundo, pour l'invasion et l'occupation d'autres pays. L'Iran, le Koweït. Tertio, pour avoir hébergé des groupes terroristes internationaux. Le groupe d'Abou Nidal, par exemple. Ou les pirates du navire Achille Lauro, relâchés en raison de leurs passeports diplomatiques irakiens. En commettant ces crimes, ce régime a renoncé à sa souveraineté. Un seul et unique régime a enfreint ces quatre crimes. Pardon, j'en oubliais un... Enfreindre le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Que Saddam ait des armes nucléaires ou pas lors de sa chute, ou même l'intention d'en produire lorsqu'il a été évincé, il avait déjà enfreint le traité sur la non-prolifération du nucléaire.


Christopher Hitchens

 

 


Christopher Hitchens

R.M. Vous avez écrit que... Henry Kissinger était un criminel de guerre et qu'il devait être traîné devant les tribunaux pour crimes de guerre. Est-ce que ça veut dire que certains pays auraient eu toutes les raisons possibles d'envahir les États-Unis pour sortir Kissinger de là étant donné que c'est un criminel de guerre?

C.H. Il n'est pas nécessaire, pour traduire Henry Kissinger en justice, qu'une coalition internationale envahisse les Etats-Unis. Votre question me semble ridicule. Henry Kissinger a déjà enfreint assez de lois américaines pour être appréhendé, selon moi. Il est le seul co-conspirateur à ne pas avoir été inculpé du cabinet de Nixon, le gouvernement du Watergate, même s'il était l'instigateur des mises sur écoute illégales qui dévoilèrent les crimes du Watergate.


Christopher Hitchens et Richard Martineau

R.M. Vous avez écrit sur George Orwell. George Orwell fait partie d'une tradition avec Ernest Hemingway des gens qui étaient de gauche, socialistes, qui allaient se battre à l'étranger pour libérer des peuples d'une dictature. Alors que George Bush, tout ce qu'il fait, c'est il se bat au Moyen Orient pour le pétrole.

C.H. Certains croient que cette guerre n'a rien à voir avec la liberté et ne s'inquiètent que du pétrole. Qu'en pensez-vous? Le pétrole n'est pas une potion magique qui fait rouler votre voiture. Le pétrole brut est une ressource économique tangible. Le monde en aura besoin pendant encore un certain temps. Il est parfaitement légitime de déclarer que le pétrole de l'Irak et du Koweït ne constitue pas la réserve personnelle de Saddam Hussein, sa famille de criminels et ses fils mafieux. N'oubliez pas que lors de son expulsion du Koweït, la famille Hussein a fait en sorte que les champs pétrolifères soient incendiés et détruits pour que le pétrole brut se déverse dans le golfe et détruise la faune, la flore, les poissons - l'environnement. C'est du vandalisme à l'état pur. "Si on ne peut pas mettre le grappin dessus, on détruira tout!" Contrairement à ce qu'on pourrait penser, le capitalisme américain a sauvé ces champs pétrolifères et empêché qu'ils flambent jusqu'à la fin du siècle, comme on le craignait. L'Amérique a préservé les eaux du golfe d'une marée noire. Tout pays qui désire s'approprier le pétrole à un prix équitable devrait pouvoir faire affaire avec le Moyen-Orient. Nous ne pouvons pas tolérer des gouvernements agressifs, fascistes et suicidaires aux commandes d'une ressource multinationale dont l'humanité a besoin. Allons-nous réellement céder le monopole de cette ressource aux mains de dictateurs qui ne se soucient même pas de la survie de leur propre pays? Des fanatiques qui se targuent de préférer mourir? Pas question! N'ayons pas honte de déclarer que nous voulons un marché du pétrole ouvert. Nous le voulons! Comme eux préfèrent que nos marchés financiers soient ouverts. Si on déclarait un jour: "On s'en moque, de votre situation!, tous les habitants du tiers monde peuvent crever la gueule ouverte! D'ailleurs, on préfère le suicide à l'économie", comment réagiraient-ils? Ils se diraient qu'une intervention est justifiée!

 

 

 

Patrick Lagacé part à la découverte d’une industrie qui tire de la patte à cause de la popularité et de l’omniprésence des vidéopokers : les courses de chevaux. Attractions hippiques de Montréal croule sous les dettes, l’hippodrome risque de fermer ses portes. Avec un expert en la matière, l’impayable Guy Émond, Patrick se demande si on doit sauver cette industrie et à quel prix.


Guy Émond et Patrick Lagacé

P.L. Ti-Guy Émond, bienvenue aux Francs-Tireurs.

G.E. Ça me fait plaisir, ça me fait plaisir d'être ici. C'est une partie de ma vie ici. On appelle ça Blue Bonnets encore, l'Hippodrome de Montréal.

P.L. J'appelle tout le temps ça Blue Bonnets. Il n'y a plus d'activités. Il n'y a plus de courses.

G.E. C'est triste. J'ai commencé à venir aux courses à Montréal à 11 ans. Ça fait plus que 50 ans. J'ai tout vu. Le parc Richelieu, Blue Bonnets. À une certaine époque ici, Montréal était reconnue dans l'Amérique du Nord comme le deuxième plus grand circuit de course. Il y avait 20 000 personnes qui gagnaient leur vie directement ou indirectement avec les courses de chevaux. C'était la belle époque.


Guy Émond

P.L. Dans les années 60, 70, même 80, c'était populaire. Ça a commencé à planter dans les années 90. Le monde a arrêté de venir. Pourquoi le monde a arrêté de s'intéresser aux courses de chevaux?

G.E. Il n'y a pas de courses. Tu peux pas venir premièrement. La publicité est affreuse.

P.L. Dans les années 70, y avait pas besoin de publicité pour que le monde viennent.

G.E. Dans ce temps-là, les deux plus grands journalistes du Québec, c'était moi puis Jacques Beauchamp. On parlait de courses à la journée longue. On en emmenait du monde ici aux courses.


Guy Émond et Patrick Lagacé

P.L. Mais Guy, dans les dernières années, ce que j'ai lu, les Québécois pariaient sur les courses au Québec. On parle pas de paris faits ici sur des courses en Ontario ou aux États. Ils pariaient 26 millions par année. Le gouvernement du Québec mettait 50 millions dans la business. C'est comme subventionner un McDo quand le McDo arrête de marcher.

G.E. Mais oui, mais... c'était des colons qui menaient ça. J'ai tout vu venir ça. Je suis venu ici pour gager, il fallait que j'aie un bracelet. Je me suis battu quasiment avec des gardes de sécurité. Ça prenait comme un... Je leur ai dit: "Un bracelet, tu te promènes avec ça dans un hôpital ou dans un camp de concentration. Ça faisait 50... Puis d'autres affaires. Je peux pas tout te conter les niaiseries... J'étais rendu à la fin que je ne venais plus. Je devenais mauvais, je les voyais aller.

P.L. Quand tu vois une vedette qui annonce une loterie, à quoi tu penses?

G.E. Ils les graissent. Ils les graissent bien. Très bien. Loto-Québec font accroire au monde que c'est eux autres qui donnent ça. C'est tout avec de l'argent qu'ils ont volé au pauvre monde dans les machines partout. Tu penses-tu que c'est un gars de Loto-Québec qui donne ça? C'est l'inverse de Robin Hood, je te l'ai dit. Eux autres, ils volent les pauvres pour donner ça à leurs chums. Robin Hood, il volait les riches pour donner ça aux pauvres.
       

> Consultez les archives